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Notre Monde Notre Monde (2013, 119') un film de Thomas Lacoste
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© Passant n°37 [novembre 2001 - décembre 2001]
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Un camp près de chez vous


Boulogne-Calais est le point de la côte française le plus proche de l’Angleterre. Au long d’une plage de sable blanc, des dizaines d’étrangers errent, observent et rêvent silencieusement dans l’attente d’un passage en Grande-Bretagne par tous les moyens : petits passeurs rémunérés à l’aide de leur voiture, chauffeurs de camions (rémunérés ou non), ferries, train, ou même marche à pied dans le tunnel sous la Manche.

Or les contrôles se faisant de plus en plus rigoureux, malgré les impératifs économiques (des contrôles trop minutieux ralentiraient le trafic qui est très dense), la durée d’attente sur la côte française avant d’arriver à regagner la Grande-Bretagne ne cesse d’augmenter. Ainsi, des milliers de migrants restent bloqués dans cette zone de transit.

L’actuel camp de Sangatte, créé en septembre 1999, est un immense hangar de tôles, grand comme une cathédrale (25 000 m2), situé à 500 mètres de la petite station balnéaire de Sangatte. Ce hangar, réquisitionné pour « accueillir » les étrangers errant le long de la côte, était à l’origine un entrepôt de matériel pour le forage du tunnel sous la Manche.

On s’installe dans le camp sans formalités, puisqu’il n’y existe pas de registre : il suffit de s’y rendre, de signaler sa présence et de se faire attribuer un lit. Sous le hangar, ont été montées des cabines préfabriquées en tôles et des tentes. Le confort est spartiate. La vie privée est impossible.

À l’entrée du camp, un car de CRS veille. À la tombée de la nuit, des résidents par petits groupes s’en vont à pied vers la côte, en espérant que cette fois-ci ils parviendront à passer. Les policiers laissent faire1. Ces étrangers peuvent disparaître. Personne ne les connaît.

À l’ouverture, le camp accueillait 200 étrangers. Ils étaient 400 à la fin de l’année 1999. Ils sont actuellement 700 en moyenne à dormir là. Le camp connaît des « pointes » à 1 000 personnes. Certaines nationalités y sont surreprésentées, en raison des crises momentanées dans le monde. Après les Kosovars, Irakiens, Iraniens, Roms, Sri-lankais, les Afghans y sont fortement représentés depuis un an.

La France, avec le souci de jouer à l’égard de l’Angleterre son rôle de partenaire de l’Union européenne, fait mine d’« imperméabiliser » ses frontières. L’Angle-terre d’ailleurs a exprimé son hostilité à la création du camp de Sangatte. Or le camp n’offre quasiment aucune aide juridique aux étrangers accueillis. Deux organismes, l’OIM et l’OMI, jouent en réalité sur le plan de la dissuasion et leur aide se résume au rapatriement2. Cela a pour résultat, qu’à peine 0,01% des hébergés du camp engagent une demande d’asile (statut de réfugié et asile territorial cumulés).

Il s’avère que les autorités françaises (les autres pays européens agissent de même) ne veulent pas sortir des contradictions suivantes :

1. Les étrangers qui transitent par Boulogne-Calais sont, dans leur immense majorité, de réels persécutés auxquels des textes internationaux reconnaissent le droit de fuir et de se réfugier à l’étranger où ils doivent obtenir une protection officielle.

2. Comme elles pratiquent la fermeture des frontières, les autorités des pays européens font obstacle à l’entrée sur leur territoire de toute immigration d’installation, y compris les persécutés.

3. Comme les étrangers qui veulent absolument migrer finissent par y parvenir, la fermeture des frontières conduit simplement à les rendre dépendants des filières d’immigration et autres mafias, pour lesquelles la fermeture des frontières constitue une opportunité.

4. Dans ce contexte de violation des règles internationales en faveur de la protection des réfugiés, au lieu d’une coopération européenne cons-tructive, il n’existe qu’une concurrence autoprotectrice entre partenaires de l’Union, consistant à pousser les exilés chez leurs voisins faute d’avoir pu les empêcher d’entrer chez soi.

5. Cette incapacité à tenir compte à la fois de la réalité et du droit en vigueur conduit à l’érection de simples « camps » d’hébergement, à Sangatte, mais aussi à Melilla, à Ceuta, partout où, en raison des conditions géographiques, la fuite des exilés a davantage de chances de suivre son cours.

Il est prévisible que le « camp » de Sangatte explosera tôt ou tard sous la pression d’un nombre d’étrangers toujours plus grand si l’on n’entreprend pas de les traiter comme les réfugiés qu’ils sont.

Cette article a été élaboré à partir de documents du GISTI (Groupe d’Information et de Soutien des Immigrés, association loi 1901) disponibles sur le site http://www.gisti.org

(1) Dans sa réglementation, la France prévoit des sanctions pénales contre les étrangers en séjour irrégulier. À Sangatte et dans les environs, la justice a décidé de ne pas utiliser ce mode de répression parce que ces étrangers lui paraissent fuir des pays où ils sont réellement en danger.
(2) OIM - Organisation Internationale des Migrations qui coopère avec l’ONU et l’organisme français OMI (Office des Migrations Internationales) proposent aux réfugiés de visionner un film financé par les gouvernements français et britannique sur la difficulté d’obtenir un titre de séjour en Grande-Bretagne, la répression des clandestins, etc. Une brochure, intitulée « Dignité ou exploitation : le choix est entre vos mains » semble illustrer ce même souci de dissuasion, d’autant plus que le ministère de l’Intérieur français y a interdit toute information sur le droit d’asile en France.

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