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Sortie du DVD de Notre Monde

Notre Monde Notre Monde (2013, 119') un film de Thomas Lacoste
Rassemblant plus de 35 intervenants, philosophes, sociologues, économistes, magistrats, médecins, universitaires et écrivains, Notre Monde propose un espace d’expression pour travailler, comme nous y enjoint Jean–Luc Nancy à « une pensée commune ». Plus encore qu’un libre espace de parole, Notre Monde s’appuie sur un ensemble foisonnant de propositions concrètes pour agir comme un rappel essentiel, individuel et collectif : « faites de la politique » et de préférence autrement.
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© Passant n°33 [février 2001 - mars 2001]
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Des cités et des hommes


Yves Belaubre, Puissance haine (Editions du Corbeau, 59 F, 53, rue Lejeune, Toulouse). Un jour, peut-être, donnera-t-on le nom d’Antonin Artaud à un hôpital psychiatrique, comme le rêve le médecin de Puissance haine. Cette idée somme toute cocasse ne peut faire oublier que le pouvoir médical est à l’origine du cauchemar que vit Michel Faugère, véritable héros malgré lui du roman d’Yves Belaubre. Personnage plutôt falot, comptable place Beauvau (siège rappelons-le du ministère de l’intérieur), le voilà confronté à la mort de son fils, victime d’un tueur en série. Il se lance à corps perdu dans une enquête qui montrera les connections entre le psychiatre qui a relâché un malade mental dangereux et le ministre de l’intérieur en personne. Ce polar développe une intrigue certes très classique mais où l’intérêt réside en ceci : personnages convaincants, même les plus secondaires et mariage heureux de l’humour et de l’humanité. Enfin, il faut saluer la parution de ce roman, témoignage de la vitalité du polar régional et de la pugnacité de « petites » maisons d’édition.

Jean-Claude Derey, Toubab or not Toubab (Rivages/Noir). « Un continent colonisé par la misère, où la vie d’un môme des rues ne [ vaut ] pas un pet d’hippopotame », telle est la trame de ce roman noir africain. Hondo est un enfant mauritanien de 12 ans qui a dû fuir le désert natal pour échouer dans la misère et la violence de la grande ville, Abidjan. Il s’enfonce dans la terreur et l’abjection comme dans un puits sans fond, faisant des rencontres toujours plus tragiques : assassins qui prélèvent les membres de leurs victimes au bénéfice des firmes pharmaceutiques, adolescents rescapés du génocide rwandais devenus des machines à tuer, enfants succombant au mirage de l’opulence occidentale faussement accueillante, policiers véreux, et « toubabs » (blancs) profiteurs de cette déchéance généralisée. Avec lyrisme et émotion, Jean-Claude Derey témoigne d’une descente aux enfers, sous les Tropiques.

Pascal Garnier, Nul n’est à l’abri du succès (Editions Zulma, 59 F). L’auteur du magnifique A26 (édité chez Zulma ) change de ton avec ce petit polar calibré comme le pistolet qui fait du héros du roman un assassin malgré lui. Ecrivain alcoolique rencontrant un improbable succès, il se met en scène avec la noire gouaille de la prose célinienne. Ballotté de rencontres improbables en amours ratées, il se tire malgré lui et tous les autres des chausses trappes d’une destinée qu’on aurait cru inéluctable. A savourer pour le désespoir revêtu des oripeaux du cynisme embusqué à chaque page de cette noire balade.

Matti Yrjänä Joensuu, Harjunpää et l’homme-oiseau (SN 2596, traduit du finnois par Paula et Christian Nabais, 61 F).

Troisième volet des enquêtes de Timo Harjunpää, un inspecteur finlandais tenace et en proie à un spleen qui a deux causes principales, me semble-t-il. La première, la crise que traverse la police du pays, confrontée aux impératifs politiques d’une réorganisation qui menace son efficacité. La seconde, liée à la situation personnelle de notre héros : des jeunes bouches à nourrir (2 filles) et une femme aimante, mais aussi un père tôt disparu qui se manifeste à nouveau, devenu un vieillard pitoyable, et enfin l’amour secret pour une belle collègue. Il y a de quoi mal faire son travail, surtout lorsqu’il s’agit de traquer un bien minable psychopathe qui s’introduit à la nuit chez ses futures victimes pour leur arracher quelques baisers. Bref, un ensemble assez délétère qu’accentue encore le climat propre aux pays du Nord de l’Europe. Mais qu’on se rassure : Harjunpää tient bon finalement pour notre plus grand plaisir : savourer un très beau roman policier, glauque, haletant de bout en bout, avec cette mélancolie propre aux enquêtes qui ne se termineront jamais.


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